Atelier animé par Serge Lambert
In-Visible : ce qui subsiste dans l’ombre – Véronique Wlody
Ce travail s’inscrit dans une recherche sur les limites de la perception, sur ce qui échappe au regard direct mais qui imprime la mémoire – silhouettes effacées, fragments de corps, objets orphelins, traces lumineuses.
La sé-rie présentée interroge la présence, le vivant, et les liens invisibles entre les choses. Chaque image est pensée comme une particule autonome d’un tout plus vaste, comme une étoile isolée dans une cartographie sensible. Les corps sont là, parfois, ou seulement suggérés. La nature et les êtres dessinent des seuils, des passages entre le visible et l’invisible. Ces photographies ne cherchent pas à affirmer, mais à suggérer. Elles donnent à voir ce que l’on croit deviner. Elles esquissent une narration intime et discontinue, faite d’échos et de respirations. Le féminin dans cette série n’est pas une représentation directe, mais un souffle. Une façon d’être au monde, d’habiter le regard et de laisser place à la fragi-lité, à l’émotion, au ressenti et au silence.
C’est une constellation sensible.
Un souffle.

Empreinte rouge – Florian Alzay
Il y a dans le mouvement de l’onde une vérité que l’œil ne sait plus saisir. En
suspendant le bleu, j’ai voulu rompre le contrat d’évidence que nous entretenons avec l’horizon. Ce
rouge n’est pas une couleur, c’est une température : celle d’un monde qui change de fréquence.
L’océan n’est plus cette étendue immuable, décor de nos existences. Par mon objectif, il devient une matière brute, un corps à vif. J’ai choisi de le dépouiller de sa couleur originelle pour ne retenir qu’un rouge obsessionnel, une teinte qui oscille entre le flux vital et l’alerte sourde.
Dans ce monochrome, les frontières se dissolvent. L’eau ne coule plus, elle pulse. L’écume n’est plus légèreté, elle est texture, cicatrice, sédiment. Je cherche ici l’instant où l’éphémère de l’écume devient une écume, une trace rouge qui refuse de s’effacer du monde.

Je suis Robert – Christelle Raquil
Cette série photographique naît d’une volonté de briser l’invisibilité qui entoure trop souvent nos aînés. Si le corps se marque et se fragilise avec le temps, l’esprit, lui, demeure un territoire de liberté indomptable.
En détournant les codes habituels — du skateboard au style steampunk — je mets
en lumière une âme qui reste vivante, enjouée et profondément enfantine.
Ces portraits décalés se veulent un électrochoc visuel pour réaffirmer que l’essence d’un
être ne s’éteint jamais.
Mais une question s’impose : faut-il nécessairement en passer par l’artifice, le décalage et les accessoires pour rendre enfin visibles ceux que l’on ne regarde plus ?
Au-delà des objets et des mises en scène, cette essence continue de vibrer e d’habiter
le présent avec une audace que les années ne peuvent altérer.

Sol Quieto – Fred Ucciani
Cuba.
A distance d’une musique omniprésente et de la fièvre des corps qui se libèrent, j’ai voulu saisir l’entre-deux.
Le silence qui s’immisce, alourdi par un soleil sans fard.
Le silence qui raconte qu’ici, le temps est figé.
J’ai voulu décrire le silence, non pas comme une absence, mais comme une présence, une matière première, aussi concrète que la couleur d’une toile délavée par le temps, que l’identité de l’architecture ou qu’une figure humaine qui semble absorbée par l’espace.
Cuba, pour moi, n’est pas une scène, mais un palimpseste de silences, où chaque couche de couleur ajoute une strate de sens.

Nuit de port – Catherine Lacoste
Cette série pose un regard tendre et fasciné sur l’envoutante activité nocturne du port d’Essaouira,
véritable socio-écosystème vers lequel convergent tous les soirs les travailleurs de la nuit.
Les lueurs éthérées de la lune et l’éclairage brutal du port révèlent la poésie et le mystère du contraste entre simplicité attachante des vies laborieuses qui se croisent et rudesse des métiers et de l’environnement.
Sur le quai humide et sale, au milieu des préparatifs de pêche et des étales rudimentaires du petit
marché nocturne, les mouettes veillent, gardiennes du port et de ses secrets.

À l’écoute du destin – Galia Pintat
Série inspirée d’un rite de divination lié au mariage, ancienne croyance populaire répandue dans la tradition slave, surtout en Russie rurale.
Les jeunes filles cherchaient symboliquement à entrevoir leur destin car le mariage représentait un tournant majeur de la vie.
Le rite : « Une jeune fille en âge de se marier sort seule la nuit vêtue d’une chemise ou robe blanche (symbole de pureté). Elle se bande les yeux afin de ne pas influencer l’augure par sa volonté, écoute les sons venant de l’extérieur ( pas, cloches, traîneau, chiens, voix lointaines ). La direction d’un son indique la direction d’où viendra le futur mari. »
Cette Nuit était silencieuse, la jeune fille n’a rien entendu et s’est endormie …

Traversées – Serge lambert
Mon inspiration se construit au travers de rencontres entre la matière la lumière et les couleurs.
Cette œuvre montre la fusion de sources lumineuses traversants un support translucide.

Après l’été – Vincent Magdelaine
En été il fait chaud, il fait sec. C’est le temps pour les plantes de perdre leur belle couleur verte pour passer à des dégradés qui vont du blanc au rouge en passant par toutes les nuances de jaune, de mordoré et d’orange. C’est aussi le moment ou les baies se colorent dans les mêmes teintes chaudes.

Cartographies éphémères – Marie-Odile Schram-Eulig
A la surface de ces flaques, un monde se forme et se défait.
Cartographies fragiles, nervures de glace, équilibres suspendus.
Puis la chaleur s’installe.
Les lignes tremblent, se rompent, les formes se dissolvent dans un silence presque imperceptile.
Dans ce microcosme en train de fondre, une autre échelle affleure- celle d’une Terre en transformation,
où l’impermanence s’accélère.
Regarder devient alors un acte attentif : voir disparaître, c’est déjà comprendre.

Cluedo – Cécile Halgan-Caillaux
Le Cluedo est un jeu connu de (presque) tous, il fait parti de notre imaginaire collectif, a été décliné sous de multiples versions.
Je souhaitais exploiter cette référence et faire ma version photographique de cet univers.
En filigrane, deux postulats.
Les apparences sont trompeuses :
Derrière le calme que l’on peut afficher se cache parfois le bouillonnement des âmes que nous enfouissons assez profondément pour ne pas déborder du cadre. Pour ne pas s’exposer. Ne pas faire de vague. Ne pas exploser nos relations sociales. Et ne pas faire (trop) de mal.
Peu de raisonnements rationnels, le subjectif est toujours là : le Cluedo est construit sur la déduction à partir d’indices. Celui qui gagne est celui qui retient bien les indices et pose les bonnes questions. Mais finalement, cette part rationnelle est si peu présente dans nos vies. Nous faisons notre interprétation personnelle, subjective de tous éléments qui nous entourent que l’on perçoit suivant notre histoire et notre sensibilité.

Éclats de mémoire suspendue – Émeline Chastres
Cette série est une exploration de la rémanence. Elle documente les souvenirs intimes d’un lieu fréquenté rituellement, Noël, anniversaires, par bribes, quelques jours par an. Ces images ne cherchent pas à dresser un inventaire, mais à capturer la manière dont notre mémoire se fragmente lorsqu’un espace, jadis familier, devient inaccessible.
Le jour où les portes se ferment définitivement, le souvenir se morcelle. Il ne reste plus qu’une collection d’éclats : la texture d’une écorce, la lumière sur une fenêtre, le silence d’un jardin. En suspendant ces photographies sous forme de mobile, je tente de matérialiser cette persistance : celle d’un passé qui, bien qu’ancré dans la matière, finit par flotter, suspendu entre l’oubli et l’attachement.

Fleurs jaunes – Monica Majchrzak
La signification des fleurs m’a semblé toujours passionnante. Surtout, quand j’ai pris connaissance qu’en France, les fleurs jaunes signifient jalousie ou amour fragile selon les fleurs.
En Argentine, par contre, les fleurs jaunes expriment amitié, bonheur et célébration de la vie. En outre, ces fleurs peuvent également transmettre une promesse d’amour.
Il y a quelques années que les Argentines les partagent le 21 septembre, pour célébrer le début du printemps.
Roses, Coquelicots, Tulipes, Jonquilles, Pensées, RoqueƩes, sont quelques fleurs qu’on peut trouver quand on se balade en France ou en Argentine.
Les avez-vous vues ?

Jeux de mains – Bernard Ruault
Nous ne savons rien de ces couples saisis le long des rues.
En l’absence de visage, notre regard se concentre sur leurs mains et la façon dont elles jouent avec celles de leur partenaire.
Enlacées, serrées, éloignées, leurs mains révèlent une part de leur intimité et de leur histoire.
Il suffit juste d’imaginer.

Johannesburg : city bearers – Patrick Philippo
CHRONIQUE DE LA DÉBROUILLE URBAINE.
À JOHANNESBURG, APRES DES ANNÉES D’APARTHEID LA VILLE AVANCE PORTÉE PAR CEUX QUE L’ON NE VOIT PAS. SUR DES CHARIOTS IMPROVISÉS OU À MÊME LE CORPS, ILS DÉPLACENT DES FRAGMENTS DE VIE, SOUVENT ISSUS DE LA COLLECTE ET DU RECYCLAGE, AU COURS D’UNE ÉCONOMIE DE SURVIE.
VILLE MINIÈRE AUX FRACTURES SOCIALES PROFONDES, GANGRENÉE PAR LA PAUVRETÉ, LA DROGUE ET UNE VIOLENCE OMNIPRÉSENTE, JOHANNESBURG EST DEVENUE L’UNE DES VILLES LES PLUS DANGEREUSES AU MONDE, RENDANT TOUTE DÉAMBULATION À PIED IMPOSSIBLE.
LES IMAGES ONT ÉTÉ RÉALISÉES EN MOUVEMENT, DEPUIS UN VÉHICULE, AU FIL DES RUES TRAVERSEES.
CE REGARD EN PASSAGE CAPTE LES TRAJECTOIRES FUGACES DE CEUX QUI PORTENT LA VILLE, DANS UNE JOHANESBOURG EN TENSION OU LA DÉBROUILLE EST DEVENUE LA CONDITION DE SURVIE.

Jour blanc – Thomas Noirez
Il arrive sans prévenir. Le ciel et la neige fusionnent, l’horizon disparaît, l’équilibre vacille.
Les pistes sont abandonnées, les remontées tournent dans le vide.
Dans ce blanc total, seules émergent quelques silhouettes obstinées : un chalet enseveli, des arbres oubliés, un pylône fantôme.
Dix photographies prises à Méribel lors d’un jour blanc. Pas une tempête.
Quelque chose de plus insidieux : une lumière sans source, un calme plat, un silence qui avale tout.
Au bout, une croix. La seule certitude qui reste.

La nuit je mens – Bernard Mathieu
La nuit transforme notre vision. La réalité qui nous entoure n’est plus aussi nette et palpable qu’en plein jour.
C’est ainsi que des silhouettes sombres et incertaines viennent traverser les lumières parfois crues des réverbères ou composer à la lueur d’une vitrine un tableau un peu mystérieux.
Les images que je propose n’ont jamais existées. Ce sont des illusions inattendues qui nous sont offertes par l’obscurité.
Les photos ont été réalisées à Montmartre en utilisant la technique de la double exposition à la prise de vue.

La vie s’en est allée – Geneviève Mercey
Deux fois par jour, les paniers de légumes en partance pour Ajaccio et les caisses de poissons à destination de Corte se croisaient et me rendaient vivante et joyeuse.
Jadis, j’étais pimpante avec mes petits rideaux aux fenêtres et mes bosquets bien entretenus.
Mais aujourd’hui le silence règne, mes murs se lézardent, la végétation m’envahit et aucun train ne passera plus, ni dans un sens ni dans l’autre.
Il est seize heures et la vie s’est arrêtée.
Ucciani, commune rurale de 500 habitants, à 30 km d’Ajaccio et à 50 km de Corte.

Le songe d’un après-midi – Kenji Yamaguchi
Allongé au soleil.
A travers mes paupières closes, j’appelle les nuages.
Parfois je leur donne un nom.
« Kitsuné » me souffle le vent.
Un instant passe.
Une ombre s’installe.
Puis le ciel redevient bleu.
Par Nolwenn
Kitsuné : «renard» en japonais

Marches recomposées – Émilien Deschaume
J’aime le calme et le silence des heures matinales à la Défense, particulièrement les
dimanches. Ce lieu habituellement animé révèle alors un autre visage. L’agitation s’efface
et quelques silhouettes seulement viennent habiter l’espace.
Cette série est née de ces instants suspendus. Face à cet immense escalier, j’ai cherché à observer comment une ou deux présences humaines suffisent à en transformer la perception. Isolés dans l’immensité de l’architecture, les corps semblent parfois absorbés par les marches, parfois les défier, parfois simplement s’y abandonner.
Les lignes répétitives dessinent un paysage presque abstrait où les silhouettes apparaissent comme des ponctuations discrètes, des présences éphémères venant troubler la géométrie du lieu. Dans cet espace conçu pour le mouvement collectif, elles révèlent la poésie de ces moments où la ville semble retenir son souffle.
Marches recomposées explore la relation entre l’individu et l’architecture, entre le vide et la présence, entre l’immensité d’un lieu et la fragilité des silhouettes qui le traversent.

Résonnance – Sylvie de la Fabregue
Je pars seule ou à plusieurs
Je pars dans cette nuit cotonneuse
Je pars dans ce brouillard blanc
Sentiment de solitude
Blancheur silencieuse, douce, calme
Comme un départ, un oubli
S’oublier, être un ou deux.
